
Le déterminisme est une thèse métaphysique qui affirme que tout événement a lieu nécessairement à cause des événements antérieurs, qui le précèdent dans le temps. Une autre manière de la définir est la suivante : la conjonction des faits passés et des lois de la nature permet de dériver toute vérité à propos du futur.
L’éterniste est dans une position inconfortable. Car non seulement il ne peut refuser l’existence des faits passés, mais il doit défendre l’existence des faits futurs. Le futur est en ce sens déterminé en un sens classique : le passé et les lois de la nature existent, il est donc possible (en droit) de dériver toute vérité à propos du futur. Le futur est déterminé par le passé. Mais il est déterminé également en un autre sens. Puisque l’éternisme affirme que le futur existe déjà maintenant, le futur est déjà déterminé maintenant.
L’éterniste qui cherche à ménager une place à la volonté libre, en plus de réfuter la ligne d’argumentation classique en faveur du déterminisme, doit réussir à expliquer comment les faits futurs peuvent exister de toute éternité sans être déterminés. Une explication peut-être pas impossible, mais cependant ardue.
L’éterniste est-il en mauvaise situation pour rendre compte de la volonté libre (et par là attribuer une responsabilité morale aux personnes ?). Pas nécessairement : l’un des principaux débats en la matière oppose les compatibilistes aux incompatibilistes. Pour les premiers le déterminisme est compatible avec la volonté libre, ce que rejettent les seconds. S’il est difficile à l’éterniste de rejeter le déterminisme, il peut cependant adopter une stratégie compatibiliste classique, et montrer qu’il existe une place pour la volonté libre dans ce monde déterminé.
Un exemple d’une telle stratégie est fournie par Lewis (1981) : j’agis nécessairement en fonction des lois de la nature, et en ce sens je suis déterminé par elles. Mais les lois de la nature auraient pu être différentes, et j’aurai donc pu agir différemment. Ainsi, si j’aurai pu agir autrement, je suis libre, et il est possible de m’attribuer une responsabilité morale.
L’éterniste peut adopter ce genre de stratégie : la réalité existe de toute éternité, mon futur existe de toute éternité, et en ce sens je suis déterminé. Mais à chaque instant je pourrais agir différemment, et appartenir ainsi à un autre monde, lui aussi déterminé, mais avec des lois de la nature différentes.
Références :
Lewis D. (1981), « Are We Free To Break the Laws? », Theoria. A Swedish Journal of Philosophy Lund, 47-3.